Énergie, routes commerciales, infrastructures et alliances militaires : le Moyen-Orient et son environnement eurasiatique sont devenus un levier indirect dans la compétition systémique entre Washington et Pékin.

1- L’énergie : un levier stratégique majeur

Le Moyen-Orient demeure le centre énergétique du système mondial. Quelques chiffres clés :

  • Environ 48 % des réserves prouvées de pétrole se trouvent au Moyen-Orient.
  • La région représente environ 30 % de la production mondiale de pétrole.
  • Le détroit d’Ormuz voit transiter près de 20 % du pétrole mondial consommé chaque jour.

Cette réalité est particulièrement stratégique pour la Chine. La Chine est aujourd’hui le premier importateur mondial de pétrole, avec environ 10 à 11 millions de barils importés par jour. Une part significative de ces importations provient des États du Golfe, notamment l’Arabie saoudite, l’Irak, les Émirats arabes unis et l’Iran.

Pour Pékin, la sécurisation des approvisionnements énergétiques est donc une priorité stratégique. Pour Washington, maintenir une présence militaire et politique dans la région permet de préserver une capacité d’influence sur ces flux vitaux.

2- Les routes commerciales : l’artère de l’économie mondiale

Le Moyen-Orient se situe également au cœur de plusieurs corridors maritimes essentiels au commerce mondial :

  • le détroit d’Ormuz
  • le Bab el-Mandeb
  • la mer Rouge
  • le canal de Suez

Ensemble, ces passages constituent l’un des axes majeurs reliant l’Asie, l’Europe et l’Afrique. Près de 12 % du commerce mondial transite par le canal de Suez, tandis que la mer Rouge et l’océan Indien forment un passage central pour les échanges entre l’Asie et l’Europe. Ces routes sont également fondamentales pour la stratégie chinoise des Nouvelles Routes de la Soie (Belt and Road Initiative) lancée en 2013. Depuis son lancement :

  • plus de 150 pays ont rejoint ou coopèrent avec cette initiative,
  • les investissements cumulés dépassent 900 milliards à 1 000 milliards de dollars selon les estimations.

Le Moyen-Orient représente donc un maillon logistique central dans l’intégration eurasiatique promue par Pékin.

3- Les infrastructures : compétition économique et technologique

Au-delà de l’énergie et du commerce maritime, la rivalité sino-américaine s’exprime également dans la construction d’infrastructures stratégiques. Les entreprises chinoises ont investi massivement dans :

  • les ports (Gwadar au Pakistan, Duqm à Oman, investissements en Méditerranée),
  • les zones industrielles et logistiques,
  • les réseaux numériques et télécoms.

La Chine est aujourd’hui le premier partenaire commercial de nombreux États du Moyen-Orient, notamment l’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis.

Parallèlement, les États-Unis cherchent à limiter cette expansion, notamment dans les secteurs jugés sensibles comme :

  • les technologies 5G,
  • les infrastructures portuaires stratégiques,
  • les données et réseaux numériques.

Cette compétition économique s’inscrit dans une rivalité plus large pour le leadership technologique et industriel mondial.

4- Les alliances militaires : un encerclement stratégique

La rivalité entre les États-Unis et la Chine dépasse largement le Moyen-Orient. Elle s’étend à l’ensemble de l’espace Indo-Pacifique et eurasiatique. Washington a progressivement renforcé plusieurs architectures de sécurité :

  • AUKUS (États-Unis, Royaume-Uni, Australie)
  • Quad (États-Unis, Inde, Japon, Australie)
  • renforcement des alliances avec le Japon, la Corée du Sud et les Philippines

Les États-Unis disposent également d’un réseau de bases militaires au Moyen-Orient :

  • Bahreïn (5e flotte américaine)
  • Qatar (base d’Al-Udeid)
  • Koweït
  • Émirats arabes unis
  • Jordanie

Ce dispositif militaire vise notamment à sécuriser les voies maritimes stratégiques et à préserver la capacité d’intervention américaine dans la région.

5- Une rivalité systémique

Au-delà des crises locales, la dynamique globale renvoie à une rivalité systémique entre deux modèles de puissance. Les États-Unis restent aujourd’hui la première puissance militaire mondiale et conservent un vaste réseau d’alliances internationales.

La Chine, quant à elle :

  • est devenue la deuxième économie mondiale,
  • représente environ 18 % du PIB mondial,
  • est le premier exportateur mondial de biens.

Cette montée en puissance s’accompagne d’une volonté croissante d’influence géopolitique, notamment à travers les infrastructures, le commerce et la diplomatie économique.

Le Moyen-Orient n’est pas seulement un espace de rivalités régionales. Il constitue aussi un pivot stratégique dans l’équilibre de puissance mondial.

Contrôler ou sécuriser l’énergie, les routes maritimes et les infrastructures qui traversent cette région permet d’influencer directement les dynamiques économiques globales. Dans ce contexte, les tensions qui traversent la région prennent une dimension plus large : le théâtre est régional, mais la rivalité est globale.